01.05.2008
"Bouddha s'est effondré de honte"
A l’heure où certains veulent suivre l’exemple déplorable de Bush en envoyant des troufions en Afghanistan par camions entiers pour y instaurer la saine dictature du capitalisme moderne, d’autres essaient de voir ce conflit avec beaucoup plus de recul et essaient d’en deviner les conséquences dont l’avenir dépendra sans doute.
C’est le cas d’Hana Makhmalbaf, une jeune réalisatrice iranienne de 19 ans, qui malgré son jeune âge, offre une vision intelligente et juste du conflit en Afghanistan et des externalités négatives induites par la guerre en général dans Le Cahier. Avec une réalisation très sobre mettant en scène de très jeunes acteurs, qui confèrent donc aux personnages tout le naturel requis, elle conte l’histoire de la jeune Bakhti, un petit bout de chou de six ans qui aimerait bien, tout comme son copain Abbas, savoir lire et écrire pour apprendre des histoires drôles afin de se détacher de la fadeur de la réalité.
Cette petite gavroche part alors bille en tête avec l’idée d’acheter un cahier pour pouvoir aller à l’école et s’instruire. Le problème, c’est que quand on fait partie d’une petite communauté troglodyte nichée sous les ruines d’une statue de Bouddha détruit par les Talibans, l’achat d’un simple cahier s’avère être une épreuve à cause de la pauvreté omniprésente.
Hana Makhmalbaf montre donc une misère, mais tout en gardant une certaine pudeur, en montrant des hommes et des femmes sachant vivre avec le strict minimum et qui arrivent malgré tout à être heureux en vivant leur vie aussi simple soit-elle.
Toutefois, la réalisatrice met l’accent sur l’importance de l’éducation, pivot déterminant pour les enfants issus de ces populations. S’ils veulent pouvoir rêver à travers les mots, ou tout simplement connaître autre chose que la vie prosaïque des montagnes afghanes, ils ne peuvent trouver ce salut que dans l’apprentissage.
Mais le film porte sur un constat bien plus inquiétant encore que le taux d’analphabétisation ; il traite de l’inquiétant mimétisme dont font preuve les enfants vis-à-vis de leurs aînés engagés dans les combats contre l’ « envahisseur » américain. Ainsi voit-on une bande de jeunes enfants armés de bouts de bois et de ficelles figurant les instruments de mort des soldats organiser l’enlèvement des fillettes impies puis un simulacre de leur lapidation.
Hana Makhmalbaf fait donc part de son pessimisme quant à la situation : elle a peur, et à raison, que ce jeu auxquels se livrent les enfants et qui leur paraît si trivial ne les transforme en soldats des armées de demain. Elle a peur pour l’avenir de son pays, pour lequel les enfants sont justement les légitimes représentants. On voit ici toute la bêtise des adultes qui façonne à grands coups de marteau la glaise malléable que constitue leur progéniture, ces enfants qui dès leur plus jeune âge sont imprégnés d’une culture belliqueuse et religieuse dévoyée, et où la femme n’est qu’une servante de l’homme qui doit évoluer dans la société à visage couvert.
Le film regorge également de scènes symboliques tançant les problèmes d’intégration à la société, de ségrégation sexuelle, etc…
En bref, avec un premier film d’une telle trempe, sans aucune prétention et comptant uniquement sur la coopération des enfants qu’elle filme, cette jeune réalisatrice peut être promise à un bel avenir.
21:34 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, hana makhmalbaf, afghanistan, guerre
28.04.2007
Mémoires de nos Pères
En général, les films de guerre sont rarement appréciés pour l’analyse que l’on peut en faire. On prend des gros costauds poilus du bulbe, des membres arrachés qui jonchent un sol défoncé par les explosions d’obus, on rajoute à ça quelques scènes homériques et très orientées actions, et finalement la recette fait toujours le succès. Enfin, pour peu qu’on n’aille pas chercher plus loin. Non pas que je trouve que les films de guerre soient un mauvais genre, c’est toujours agréable à regarder, mais c’est toujours la même chose.
Heureusement que des réalisateurs comme Stanley Kubrick (Full Metal Jacket), Michael Cimino (Voyage au bout de l’Enfer), ou bien Clint Eastwood auquel nous nous intéressons aujourd’hui sont là pour revaloriser un pan de la cinématographie qui piétine depuis quelques années. Que les puristes du genre ne me lapident pas parce que j’ai omis Francis Ford Coppola et son Apocalypse Now, je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu, et si c’est le cas, ça doit faire très longtemps.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à notre réalisateur, Clint Eastwood, qui après avoir fait un grand parcours d’acteur et réalisateur en versant dans le drame et le western principalement, entreprend une démarche pour le moins originale. En effet, il réalise non pas un film pour explorer son thème, mais deux. Ainsi, nous parlerons dans les lignes qui suivent de Mémoires de nos Pères, et le texte suivant sera consacré à Lettres d’Iwo Jima.
Avant d’aller de l’avant, il est nécessaire de replacer l’œuvre dans son contexte historique. La bataille d’Iwo Jima se déroula dans les toutes dernières années de la Seconde Guerre Mondiale, sur l’île d’Iwo Jima, caillou stratégique qui permettra aux Américains de lancer une offensive sur la métropole japonaise. A ces derniers donc de défendre l’île à tout prix, alors que la bataille fait également rage dans l’archipel des Mariannes.
C’est là que les rustres et les amateurs de l’odeur âcre de la poudre risqueront d’être déçus. Je les rassure tout de suite, le film comporte son lot d’action et de scènes de batailles, plutôt bien mises en scène, et tous les éléments indispensables sont là : crépitement des mitrailleuses, tripes, boyaux et canardage massif de troufions à la MG-42.
Toutefois, il serait extrêmement dommage de réduite Mémoires de nos pères à une vision aussi belliqueuse et étriquée. En outre, John Wayne a déjà tourné dans Iwo Jima, pour ceux qui aiment mieux entendre parler la poudre que les acteurs… On notera d’ailleurs la volonté du réalisateur, même s’il a intégré ces scènes de bataille au film, de garder une certaine distance avec l’affrontement sur Iwo Jima. L’astuce utilisée est de réduire l’assaillant japonais aux seuls canons de ses fusils et mitraillettes lors de la séquence du débarquement américain à Iwo Jima, une façon efficace et marquante de rendre cette guerre plus impersonnelle.
Le film s’interroge surtout sur les marques laissées par la bataille à l’arrière, là où les « munitionnettes » fabriquent des armes à défaut de copuler en attendant le retour de Rambo.
Le mont Suribachi, point culminant de l’île, est le poste avancé de la défense des environs maritimes et aériens. Une fois conquis, cinq américains y plantent le drapeau de l’oncle Sam. La diffusion de cette photo aux USA sera le point de départ du film.
L’Amérique, fraîchement endeuillée par la mort de Roosevelt et à qui l’attaque de Pearl Harbor a laissé un souvenir amer, a besoin de victoire, synonyme d’espoir. C’est au travers du rapatriement des trois porte-drapeaux que la véritable essence de Mémoires de nos Pères se fait sentir.
Là où le peuple se cherche des héros, sorte d’artifice moral auquel se raccrocher en ces temps difficiles, les technocrates et autres industriels au pouvoir cherchent au contraire à instrumentaliser des individus acclamés par toute une nation dans l’unique but du financement de la guerre.
La guerre fait peur, mais pas tant qu’elle n’est pas trop près de nos portes. Elle excite ; exaltant le sentiment de fierté de chacun, mais elle fait aussi réfléchir, notamment les familles de ceux qui ne reviendront pas qui cherchent désespérément une utilité pour la postérité à leur mort. On assiste alors au second combat livré par les soldats : après avoir survécu au feu de la guerre au sens propre du terme, il leur faudra survivre aux charmeurs de serpents que sont les grandes pontes financières de leur patrie pour laquelle ils sont prêts à mourir. La guerre devient alors un moyen comme un autre de s’accorder les bonnes grâces d’un peuple à qui l’on donne ce qu’il croit vouloir. Ainsi la guerre se résume en un grand show avec effets pyrotechniques et grands préparatifs ; un peu de distraction des cerveaux influençables contre l’achat de quelques Bons du Trésor américain afin de faire son devoir de patriote.
Les soldats exposés telles des bêtes à leurs pseudos admirateurs troquent alors leurs fusils et paquetage contre des micros et des poignées de main : on passe du conflit à proprement parler à une énorme propagande, qu’une simple photographie aux allures salvatrices semble exacerber…
Au-delà de toute cette effervescence, l’Amérique se dévoile dans tous ses travers ; les héros sont des bêtes de foire éphémères qu’on se lasse de voir, on s’intéresse davantage à leur image médiatique qu’à leur malaise psychologique et leurs récits de guerre, et enfin tout cela n’occulte en rien le problème du racisme (voir les nombreuses séquences avec Ira Hayes). On pourrait en dire bien davantage sur ce film, mais l’idéal pour se l’approprier totalement est de le voir, ainsi que son autre moitié, car ce n’est réellement qu’une fois Lettres d’Iwo Jima également visionné que l’œuvre vous sera totalement dévoilée.
Mémoires de nos Pères illustre donc bien le point de vue américain du conflit, qui se recouperait d’ailleurs avec celui que l’on pourrait avoir sur la guerre du Viêt-Nam : une guerre, ça se paie, et ça se gagne d’abord à l’arrière. Peu importent les moyens utilisés.
Plus un drame psychologique qu’un film de guerre, la première pièce du diptyque de Clint Eastwood est une critique efficace des séquelles laissées par la guerre sur les soldats mais aussi les simples témoins. Si le film choisit le parti de faire des ellipses et d’user de flashbacks pour sa narration, le manque d’originalité du processus est bien compensé par son efficacité, et au final, malgré une durée un peu longue, c’est une première victoire pour Clint.
PS: Cette critique est également consultable à l'adresse suivante: http://perfusion.nemotaku.info/blog/index.php?2007/04/28/...
19:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mémoires de nos Pères, Clint Eastwood, Iwo Jima, guerre, drame
17.03.2007
Prisonnier des hommes
J’ai ouvert les yeux, et depuis je n’ai cessé d’être surpris. Il a été la première entité que j’ai vue. A peine son visage était-il apparu dans mon champ de vision, j’ai tout de suite ressenti une impression de déjà vu, quelque chose de très familier… Je n’arrive pas encore à savoir pourquoi, pourtant je suis certain d’en avoir la connaissance fondamentale. J’avais vraiment froid, alors je me suis levé. Je me suis regardé de la tête au pied, et j’ai observé quelqu’un qui faisait de même en face de moi, mais ce n’était pas lui. C’était une image de moi. Je voyais mon reflet. Puis passant de cette image à lui, je ne pouvais m’empêcher de me dire que nous nous ressemblions trop.
Je discute avec lui depuis un moment déjà. Il a les cheveux longs, très foncés, et une barbe de la même teinte qui ne fait qu’un faible contraste avec la couleur de sa peau mate. Il est petit, trapu, et il lutte contre les assauts du froid en portant une toge. « Discuter » est tout de même un terme assez peu opportun. Quand il a commencé à s’adresser à moi, je n’ai pas saisi le moindre son qui sortait de sa bouche aux lèvres gercées. J’ai appris des bases incertaines mais suffisantes pour pouvoir comprendre les rudiments de sa communication. Il m’a tendu un morceau d’étoffe laineuse. Je ne savais pas comment il l’appelait, mais aucune de ses propriétés ne m’étaient inconnues. Je sais sans aucun doute qu’elle vient d’un animal, je le visualise sans peine aucune dans mon esprit mais je ne sais ni son nom ni pourquoi sa peau s’est retrouvée dans pareil état. Cela me fait bizarre de porter cette peau sur moi, si chaude et douce, alors que j’en ai moi-même déjà une.
Il me fait voir les fleurs qu’on lui a apportées aujourd’hui. Mais qu’est-ce que les fleurs ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui ? Encore une fois j’ignore tout du terme que cet être utilise pour désigner ces fleurs sur la table, mais je sais du premier coup d’œil ce qu’elles sont, et je lui dis spontanément tout d’elles. Il m’écoute avec fascination. J’en connais la période de floraison, tous les états jusqu’à l’épanouissement des pétales, les différentes variétés qui peuvent leur ressembler, leurs vertus… Puis une fois mes vérités énoncées, je reste coi.
Il me demande comment j’ai fait. Comment ai-je fait quoi ? Je le regarde d’un air surpris, puis après un haussement de sourcils quelque peu perplexe, il recommence à parler.
Je suis touché par l’ignorance de ce personnage. Il dit certes des choses vraies, mais beaucoup sont incomplètes voire totalement inexactes. Je n’ai pas la moindre idée de mon droit à l’affirmer, mais j’en ai la ferme conviction. Cela m’effraie.Je lui demande pourquoi ces fleurs sont sur la table, interpellé de ne point les voir là où elles devraient être ; enracinées dans la terre. Il me dit pour toute réponse qu’il va mourir. J’ai beaucoup de mal à saisir le lien de corrélation entre les deux choses, et je me surprends à ne point être touché par cette déclaration si subite. Cela me semble normal. Pourquoi ?
Pendant que l’homme observe le silence, je scrute l’endroit où je me trouve. Un lieu peu spacieux qui nous oblige à adopter une certaine promiscuité. Une odeur nauséabonde emplit cette salle confinée entre six faces rectangulaires crasseuses. Je ne comprends pas. Me voyant tourner la tête en tous sens, comme un claustrophobe cherchant une issue pour échapper à sa prison, l’homme m’adresse un signe de la main, qui me fait me concentrer sur lui derechef. Je le questionne alors sur l’endroit. Il me dit qu’on va bientôt venir le chercher. Je fais beaucoup d’effort pour l’écouter, mais je suis de plus en plus oppressé par cette salle lugubre dont les murs semblent se rapprocher. Quelques inepties proférées par mon compagnon me sortent de ma torpeur, et agacé, je lui réponds avec une assurance qui le désarçonne. Il essaie de se justifier, mais à nouveau je le mets face à ses torts. Il hausse le ton. Pourquoi donc ne veut-il pas reconnaître que j’ai raison ? Et pourquoi suis-je persuadé d’être la raison ? Je ne sais si je dois avoir pitié de lui ou peur de moi.
Il porte soudain une petite boule de pâte cuite dans sa bouche. Il en prend seulement une petite bouchée, puis la repose sur la table à côté des fleurs presque sèches. Je me penche intrigué sur l’objet. Je ne l’ai jamais rencontré auparavant, mais mon indéfectible certitude m’assure qu’il est constitué d’eau et de farine que l’on a soumis à forte chaleur. Je me saisis de cette boule entaillée par la morsure de l’homme, et je lui tends. Il décline mon offre d’un revers de la main, soutenant que la faim l’a quitté. Mais encore une fois, je le convaincs sans faiblir que c’est bon pour lui, qu’il doit manger. Je l’irrite. Nonobstant, il tend une main affamée et m’arrache le quignon pour le consommer. Il est vraiment pitoyable, famélique et sale. Et pourtant, il ne m’a confié aucun problème de santé, aucune gêne qui l’incommode.
Il a encore faim, mais il ne lui reste plus guère de pain. Immédiatement, je lui tends une fleur sèche dont je sépare la tige de la corolle. En réponse à son amusant étonnement – et à sa navrante ingénuité – je lui enseigne le nectar sucré dont elle regorge. Je goûte pour l’arracher aux derniers doutes, et il m’imite. Joyeux de cette découverte, il s’empresse de récupérer une autre fleur mais je le coupe dans son action ; celle-ci le tuerait avant même que la salive n’est dissout ses pétales. Il commence à me faire confiance, je le vois dans son regard.Sous les fleurs, j’aperçois une chose curieuse dissimulée sous quelques pétales multicolores desséchés. Je les chasse et découvre un être qui nous ressemble. Mais son visage est plus fin, et il est figé dans une boîte qui n’a pas la moindre profondeur. Je saisis ce visage, et quand je lui demande de me renseigner sur ce qu’il est, il m’apprend que c’est une photographie de sa femme défunte. Une manière de faire un pied de nez à la Faucheuse, en conservant précieusement des souvenirs de ses morts. Je suis ému et n’aurais jamais imaginé cela de l’homme…
Cette femme me paraît maintenant connue elle aussi, même si le sentiment reste très vague. Que m’arrive-t-il donc ? Je lui donne la photographie de la jeune femme souriante, et, la caressant délicatement du bout des doigts, il se met à lui murmurer quelques mots, oubliant jusqu’à ma présence à ses côtés. Des larmes coulent sur ses joues sans même qu’il ne se retienne de sangloter. Pourquoi est-ce donc si triste ? La mort est une finalité que j’accepte tout à fait, et la fatalité est essentielle à cet homme pour découvrir son monde sans gaspiller son temps imparti. Ce monde… si petit, si étroit, si étouffant. Je ne peux absolument pas le ressentir, il est comme intrus dans mes pensées.
Soudain, une porte qui m’était restée jusqu’à présent invisible, comme confondue avec un des murs crasseux de la pièce, s’ouvre avec un bruit du métal frottant le métal. Une lumière blanche puissante et éblouissante se déverse par l’embrasure de l’entrée, et au milieu d’elle, comme une ombre menaçante, se dessine une imposante silhouette. Une fois mes yeux habitués à la puissante illumination, je toise l’homme et m’aperçois qu’il est encagoulé et attifé avec de multiples couches de vêtements. Me passant à côté comme si j’étais inexistant, deux hommes répondent à un signe de tête fait par-dessus son épaule et entrent dans la pièce. Il se saisissent d’Adam – j’ai pu voir son nom inscrit sur un écusson au dos de son habit – et l’amènent au dehors. Il jette un coup d’œil derrière lui tandis qu’ils le conduisent à l’extérieur et s’enquiert de savoir si je viens avec lui. L’homme masqué balaie la pièce de ses yeux noirs, puis hausse les épaules… Je m’approche de lui mais je ne parviens aucunement à attirer son attention. J’oublie bien vite que je semble être invisible à leurs yeux, et je tourne mon regard au-delà de ce mystérieux personnage. Derrière lui se jouent scènes de massacres et de pillages, viols, exactions et autres actes de barbarie. Des dizaines d’hommes émergent de petits bâtiments semblables au mien. Cette vision d’horreur et d’abomination me saisit davantage quand j’entends les cris des femmes et des enfants que l’on tue sans sommation. Mon cœur s’arrête et une nuée froide s’imprègne sur mon visage, tandis que je reste bouche bée, les yeux rivés sur de telles atrocités.
Je me souviens à présent… Mon omniscience prend alors tout son sens. Adam est leur frère. Et mon fils. M’étais-je un seul instant imaginé que l’homme que j’ai créé puisse se livrer à pareil spectacle une fois sorti de son Eden ? Voyais-je l’humanité sous le joug de quelque oligarchie tyrannique, où l’on confine tout individu dans des prisons de béton ? Cette femme qui avait jadis croqué la pomme méritait-t-elle pour autant d’être ainsi violée ? Je ne contrôle plus rien… Tout a tellement changé, et si vite…
La porte se referme devant moi, rappelant à elle la lueur blanche et ses démonstrations sanguinolentes. Je me retrouve seul, dans le noir complet, et regrette infiniment d’avoir ainsi quitté mon Paradis…
J'ai souvent joué avec l'homme, dit dieu. Mais quel jeu, c'est un jeu dont je tremble encore. - Ibid
21:25 Publié dans Les contes du père Perf' | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Dieu, homme, guerre
20.02.2007
Saga Africa
Titre: Blood Diamond
Réalisateur: Edward Zwick
Avec: Leonardo Di Caprio, Jennifer Connelly, Djimon Hounsou
On ne compte plus les films qui analysent le devenir du continent africain : Les larmes du Soleil, la Chute du faucon noir, Lord of War... A chaque sortie d’un nouveau long-métrage touchant du doigt le sujet, on ne s’attend donc plus à l’exploitation de thèmes nouveaux ; les poncifs du genre sont toujours de la partie : guerre, immigration, racisme, pouvoir, corruption… Qu’en est-il de Blood Diamond ?
A la réalisation, on retrouve Edward Zwick, en charge de Le dernier Samouraï, qui mettait en scène Tom Cruise, finalement moins irritant qu’à son habitude avec sa fatuité légendaire, du moins bien plus comestible que dans Mission Impossible et autres absurdités cinématographiques. Cette fois-ci, Zwick se permet de piocher un peu dans le vivier d’acteurs de Scorsese, puisque l’on retrouve le beau blond qui met ces dames dans tous leurs états libidineux : Leonardo Di Caprio. Revenez revenez chers congénères au phallus enhardi, il n’y en a pas que pour nos femelles, puisque Leo donne la réplique à la non moins charmante Jennifer Connelly.
Quand je jetais l’anathème sur une trop évidente redondance sur les pistes à exploiter, ce n’était pas pour rien : le film fait le procès de la corruption, du financement occulte des conflits et de l’endoctrinement des jeunes Africains pour servir les troupes rebelles. Il est clair qu’avec un tel programme, la violence s’invite sur le grand écran, et même si elle ne provoque plus la même aversion des premières exhibitions chez le spectateur aguerri, elle n’en sert pas moins efficacement le film.
Etant donné le filon surexploité que Blood Diamond tente de remettre à pied d’œuvre, le film emprunte par conséquent à plusieurs registres : ainsi la dévastation d’un camp rebelle par un hélicoptère de combat ranimera les souvenirs homériques de Rambo II, patriotiquement sous-titré La Mission. Ou encore quelques similitudes avec A la poursuite du Diamant Vert.
Je profite de cette transition involontaire pour rebondir habilement ; les diamants parlons-en, puisque c’est le point d’ancrage de tout le film. Ce dernier dénonce les méthodes d’exploitation et la vente des diamants de sang, comprenez les diamants de guerre, ceux dont les profits tirés servent à alimenter les conflits. Tout ça à cause des méchants occidentaux qui achètent des parures rutilantes et brillantes de mille feux pour convaincre leurs femmes que la migraine n’est pas une bonne excuse.
Leonardo Di Caprio est peu convaincant dans son rôle de contrebandier vénal et personnel, mais ça c’est plutôt une réaction viscérale et naturelle à son jeu d’acteur qu’une observation réellement objective. A part cette petite « tache », le film rentre bien dans le moule et répond aux critères actuels : de l’action en quantité raisonnable accompagnée de dialogues sans grosses longueurs pour éviter de s’endormir avec un filet de bave aux commissures des lèvres, un sujet qui, bien que maintes fois revisité fait toujours recette, et une approche des problèmes assez perspicace (à propos d’un vaste camp de réfugiés : « Ca fera peut-être une brève sur CNN… entre la page sportive et la météo. »).
Bref, deux heures vingt de plus au catalogue de la condamnation des maux qui stigmatisent l’Afrique. Deux heures vingt très conventionnelles, mais qui valent toujours mieux que la recherche fallacieuse de se donner bonne conscience des médias qui une fois sur trois cent soixante-cinq récoltent les marrons…
19:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Blood Diamond, Leonardo di Caprio, Edward Zwick, Jennifer Connelly, Afrique, film, guerre
