03.05.2008

AFP VS UMP

Lettre adressée à Pierre Louette, PDG de l'AFP: 
 
 
"Monsieur le Président,
Pour la seconde fois l'UMP est confrontée à une obstruction volontaire de la part de vos collaborateurs qui trouvent toujours une excellente raison de ne pas sortir les communiqués rendus publics lorsqu'ils concernent Segolène Royal. Cette attitude engagée n'est pas acceptable car comme le disent vos collaborateurs, l'AFP est libre de traiter les communiqués qu’elle veut. Or l'AFP ne veut pas.
 
C'est ce qui m'amène à vous adresser cette lettre car j'ai le sentiment que s'il s'était agit d'un autre candidat à la présidentielle le traitement de l'information n'aurait pas été le même; mais je me trompe sans doute! Le lendemain de la condamnation de Madame Royale devant le refus de l'AFP de sortir notre communiqué, nous avons été contraints d'organiser dans l'après midi une conférence de presse à laquelle nous avons convié toute la presse. En ce premier mai je me vois contraint de rendre public la lettre que je vous adresse, car une fois encore le nom de Madame Royal provoque chez les collaborateurs de l'agence un blocage. L'UMP est en droit de demander des comptes au Parti Socialiste sur les sanctions qu'il entend prendre, et dont nous pouvons supposer qu'il a attendu symboliquement le 1er mai pour les annoncer, contre l'une de ses adhérentes, élue et candidate à l'élection présidentielle qui a été condamnée pour violation du droit du travail.
 
Merci des explications que vous voudrez bien me donner pour expliquer le choix fait par l'AFP de ne pas traiter cette information, sachant que je vous reconnais bien sur le droit de ne pas le faire mais que cela mérite me semble-t-il des explications. Vous comprendrez que j’adresse copie de cette lettre à la presse, à l'AFP et aux autres agences sachant bien sur que vous êtes libre de choisir de ne pas en rendre compte. Vous en souhaitant bonne réception et dans l'attente de vous lire je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs."
 
 
 
Frédéric LEFEBVRE
Porte-parole [de l'UMP]
Secrétaire national à l’économie
 
 C'est presque touchant... 

02.04.2008

Chine: Jeux Olympiques ou tyranniques?

772533361.jpgLa flamme est partie pour faire son tour du monde après avoir transmis son feu au brasier olympique juste devant la Cité Interdite. Dans quelques mois, pendant l’été, se dérouleront donc les 29èmes Olympiades à Pékin, en Chine. Une manifestation sportive et humaniste qui se voit de plus en plus controversée, le pays hôte et les valeurs olympiques ayant réputation d’être opposés. Avant que l’événement sportif ne commence, il est important, je pense, de revenir sur les points principaux qui excitent les commentateurs internationaux, et sur les perspectives d’avenir possibles pour le pays de feu Mao.
Ce qui froisse les détracteurs de l’accueil des JO en Chine, et à raison, c’est bien entendu les énormes carences dont souffre le pays en matière de Droits de l’Homme, de liberté et de tous leurs dérivés. Il n’y a qu’à revenir sur la sanglante répression (ou, ne mâchons pas nos mots, le massacre) perpétrée sur la place Tienanmen en juin 1989. Aujourd’hui encore, des mères essayent de comprendre afin de faire le deuil de leur fils, tandis que d’autres personnes sont soit incarcérées, soit torturées, soit assignées à résidence.
C’est le cas notamment d’un jeune homme, cloîtré chez lui depuis mai 2007 pour avoir commis un crime atroce : il a osé diffuser sur Internet un résumé des commémorations de Tienanmen. La machine de censure chinoise a moyennement apprécié son geste « anti-social » et le jeune homme est privé de sorti et voit des gardes de la SSP (la police spéciale chinoise, en gros l’équivalent d’organismes philanthropes comme la Stasi ou le KGB) patrouiller nuit et jour sous sa fenêtre.
Reclus entre ses quatre murs, il a filmé la vie extérieure avec une caméra, voyant les gardes dans la rue, ou les observer prendre en filature sa petite amie, à l’aller et au retour de son travail (cette femme est, petite précision, elle aussi assignée à résidence maintenant). Le prisonnier n’est cependant pas complètement coupé du monde ; il a une connexion Internet… ultra-surveillée et avec laquelle il ne faut pas espérer donner suite aux requêtes comme « liberté », « démocratie », si on les tape sur Google. Signalons au passage l’acte de fieffé collabo de Yahoo, qui a transmis aux autorités chinoises les coordonnées d’un internaute qui aspirait un peu trop à fouler une terre libre… Condamnation à 8 ans ferme.

Mais revenons à notre détenu à domicile. La deuxième raison pour laquelle il garde encore quelques contacts est qu’une loi oblige le gouvernement chinois à laisser les reclus dans son cas avoir des échanges avec des journalistes étrangers. Mais une fois la visite terminée, le journaliste est soumis à un méticuleux interrogatoire des membres de la SSP. Une liberté de la presse intègre.
Ce jeune homme a récidivé avec défiance en participant à une réunion à Bruxelles par webcam pour dénoncer les problèmes en Chine et il a cette fois-ci été incarcéré à la vieille méthode. On comprend qu’il est vital de museler tous les éléments perturbateurs à l’approche des JO.
On voit donc, mais ce n’est pas inventer la poudre que d’énoncer ces faits, qu’en matière de liberté d’expression, la Chine est un pays prospère. Outre les détenus, les assignés à résidence et les victimes de torture pour subversion politique, c’est tout un peuple qui subit une censure très contrôlée. La banque d’informations accessibles sur le web est sévèrement tronquée et les médias classiques ne sont pas en reste. La diffusion du soulèvement au Tibet est un bon exemple : on sélectionne les scènes où les Tibétains s’attaquent aux banques et aux commerces d’innocents (qui n’hésitent pas à cautionner le meurtre de quelques individus si ça peut ramener l’ordre) et on prend soin de ne diffuser qu’elle. La sinisation du Tibet se faisant petit à petit, il n’est pas difficile de trouver des patriotes pour jouer les acteurs, d’autant plus que le nombre de moines chinois augmente depuis quelques années. On n’hésite pas non plus à copier les méthodes de nos RG en déguisant des policiers en manifestants furibonds. Classique. Les JO seront diffusés avec un léger différé de l’ordre d’une minute à une minute trente, histoire d’éluder toute manifestation fâcheuse. Dans les cybercafés, des affiches dissuasives préviennent à l’entrée l’usager qui aurait la langue trop bien pendue. Pour le reste, la Chine bénéficie de tous les aspects du régime communiste utopique : culte de la personnalité, parti unique, incitation à la dénonciation de son prochain…

La perception des ressortissants Chinois en France est étonnante à notre regard : nous ne ferions que de la propagande en déformant les faits. Là où nous leurs parlons de leur gouvernement qui bafoue les Droits de l’Homme, ils disent se sentir libres. Beaucoup trop fiers de leur pays, on peut comprendre leur point de vue : ils sont soumis à une censure si bien orchestrée qu’elle en devient presque inconsciente, elle rentre dans les mœurs collectives. La culture chinoise y est également pour beaucoup, et ils sont beaucoup trop fiers de voir leur pays se démarquer, après le déni dont ils ont fait l’objet ; les analystes ne les voyaient devenir réellement importants qu’en 2096, la Chine resterait jusque-là une nation de ploucs incapables… qui développent des trésors de contrefaçon et de copie/innovation (grandement aidée par la propriété privée et intellectuelle à la chinoise : la technologie est à tout le monde, donc à personne). Les Chinois souffrent en fin de compte du même mal que les Français lors de la guerre d’Algérie : une désinformation constante qui déforme insidieusement la réalité.

Viennent ensuite toutes les considérations qui touchent le reste du monde : quelle position adopter ? quelles actions mener ?
En attribuant les jeux, le CIO a fait un pari couillu : on donne les JO à la Chine, et elle honore sa part du deal en faisant des progrès en matière de droits humains. Naïveté ? Excès de confiance ? Quelle est la définition des droits humains en Chine avant tout? Entre 2001 et aujourd’hui, la situation n’a pas vraiment bougé. La ligne d’argumentation du CIO est aujourd’hui de laisser venir, laisser faire, que les progrès vont venir.
Certes, les JO peuvent apporter du bon. Mais aussi du mauvais. Et dans un régime comme la Chine beaucoup de mal. De nouvelles infrastructures, mais pour combien de paysans expropriés ? Un pays avec des villes clean et bien famées, mais pour combien de clochards et de prostitués emprisonnés ? Bref, Hu Jintao va certainement se frotter les mains ainsi que les dirigeants provinciaux, mais les classes sociales défavorisées risquent de bien raquer.

Quid de l’Europe et des Etats-Unis ? On sait qu’Angela Merkel s’engage beaucoup mais comme d’autres elle n’est pas favorable au boycott, qui pourtant pourrait être un symbole. Mais les boycotts précédents n’ont eu qu’une portée symbolique selon les détracteurs de la méthode et ne truanderaient que les sportifs, hors de question pour d’aucuns de salir l’image canonique des Jeux. Que fera Sarkozy, se demandent les Français. Le pauvre va se retrouver avec les couilles dans un étau, en pleine présidence de l’Union Européenne à ce moment-là.
S’il agit en bon toutou de Bush, il saura que son maître n’est plus celui du monde comme naguère, que les Chinois (annoncés comme le « péril jaune » il y a une cinquantaine d’année) sont entrés en scène. Croissance à 12 %, des tonnes de devises américaines dans leurs coffres, une population importante, tout cela conduisant à une influence politique considérable (qui aurait suffi à refroidir les mouvements de résistance au Myanmar).
Agir pendant les Jeux est délicat dans la mesure où la marge de manœuvre est étriquée, d’autant plus que c’est une goutte d’eau. On ne pourra pas changer un pays fort de plus d’un milliard d’âmes, si imbues de la gloire et de l’élévation de leur pays, avec une action si concentrée temporellement. C’est une influence à l’échelle générationnelle que nous avons besoin pour espérer faire bouger les choses, mais aussi l’instauration de règles ; Droits de l’Homme et habeas corpus sont absents du vocabulaire chinois. Education, changement des mœurs… les douze Travaux d’Hercule. Une action envisageable serait de prendre en grippe l’économie en mettant la pression sur les partenariats, comme pourrait par exemple de la part du groupe français Thalès. Mais gare à ne pas se méprendre sur celui qui y perdrait le plus…

La Chine pourra toutefois conserver une inertie dans l’amélioration (en fard de la réalité) qu’elle apporterait éventuellement après ces jeux. En effet un nouvel horizon proche se profile : l’exposition universelle de Shangaï 2010. Quant à un vrai changement en Chine, si l’on doit en observer un de caractère mélioratif, il n’interviendra sans doute pas avant 30 ou 40 ans…

15.03.2008

Quand j'ai la gerbe...

C'est arrivé à tout le monde. Chacun a, un jour, été sujet à des nausées et autres haut-le-coeur en faisant face à un événement qui l'a profondément bouleversé, au sens viscéral du terme.
Le cas de Chantal Sébire  m'a vraiment foutu la gerbe.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, c'est le drame d'une femme défigurée par une tumeur incurable et qui dit souffrir au quotidien. Elle a récemment fait la demande de mourir. Ce n'est pas ici l'affaire en elle-même qui m'indigne, bien qu'elle dégage de forts relents de l'affaire Humbert (qui avait abouti à un non-lieu) et qu'elle remettre une fois de plus le débat sur l'euthanasie au coeur du débat éthique et légal.

Non, ce qui vraiment m'a retourné les boyaux, c'est la manière dont a été traitée l'affaire. J'avais déjà ressenti une sorte de malaise quand la photo de Jérôme Kerviel occupait la première page des journaux au lendemain de la découverte de la fraude de trading à la Société Générale. Les esprits aigris et délateurs pouvaient pointer leur doigt sur un unique bouc-émissaire pendant que ses nécessaires complices pouvaient filer à l'arrière de la scène sans que personne ne presse le Bouton d'alarme...
Cette fois-ci ça n'a pas été qu'un malaise, mais littéralement une éructation biliaire. L'affaire fait du bruit, certes. Mais en plus de cela, le côté voyeur de nos journalistes au professionnalisme maintes fois démontré les pousse à mettre en encadré le portrait de cette femme, tel un trophée sur leur page web.
Les défenseurs des chasseurs d'info vont sûrement dire que les équipes de journalisme auront sans doute eu l'accord de madame Sébire pour la publication de cette photo, mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que le fait de l'exhiber ainsi aux yeux de tous est un manque de respect total.
Et aux divers ministres du gouvernement bling-bling de dire que non, l’euthanasie active n’est pas une pratique reconnue en France (et que la malheureuse peut continuer à payer ses impôts sans sourciller, puisque les impôts forment avec la mort le tandem des seules choses considérées comme vraies, n'est-ce pas?). On s’échauffera un peu les esgourdes avec les propos de Christine Boutin, subtile comme de coutume : la ministre du Logement se dit « scandalisée qu’on puisse envisager de donner la mort à cette femme parce qu’elle souffre et qu’elle est difforme. » Au moins comme ça l’ambiguïté est levée ; au cas ou Chantal Sébire doutait d’être considérée comme un monstre de foire. D’ailleurs on lui a gentiment proposé d’aller se faire dévisager examiner par un comité d’experts en lieu et place de la livrer au trépas.  En attendant que le droit de mourir ou non soit octroyé à la demandeuse par le juge en charge de la requête lundi, les électeurs iront aux urnes et le feuilleton municipal reprendra ses droits sur le délit de sale gueule.

10.03.2008

L'homme qui murmurait à l'oreille des urnes

municipales_2.jpgBien que sans surprise, l’issue de ce premier tour des élections municipales est néanmoins intéressante. Alors que 10 mois de règne assez chaotique sous tutelle sarkozyste se sont écoulés, on peut, après un choc aux législatives largement amorti, procéder à quelques analyses à la lumière des faits précédemment établis.

Tout d’abord, la grande source de divergences tant sur les plateaux télés que dans les médias au lendemain du 9 mars a été le caractère des élections. Fallait-il y voir un enjeu local ou national ?

 

La première supputation impliquerait que les électeurs votent avant tout pour une gestion restreinte aux frontières de leurs villes respectives, eu égard des problèmes de gestion qu’un élu digne de ce nom se doit de prendre en considération. La logique de la démarche est irréfutable, car la conception (point trop philosophique) du bonheur de chacun commence par se sentir bien chez soi. Et ce malgré les grandes questions nationales, telles que le pouvoir d’achat et, étroitement corrélées, les retraites.

Les grands thèmes locaux gravitent autour de la gestion privée ou publique des ressources de la ville, et notamment celle de l’eau. L’emploi, dont les principales ficelles sont certes tirées au niveau national, n’exclut pas d’être géré par une dynamique à l’échelle plus restreinte. Ajoutons à ceci le syndrome franco-français de l’exception culturelle, considérée cette fois-ci dans une perspective communale, qui fait reluire le blason des maires qui la préservent auprès de ceux qui parleront aux urnes.

Dans les communes de moins de 3500 habitants, les candidats sont soumis à la loi du panachage ; les étiquettes de chacun importent alors peu et les enjeux locaux ont la primeur dans le jugement des électeurs.

Certains maires jouissent également d’une popularité acquise moyennant temps et expérience passés auprès des électeurs ; ainsi donc Alain Juppé peut remercier ces derniers de lui avoir au moins laissé son slip sur son trône de Bordeaux, alors qu’il était promis au goudron et aux plumes après son humiliation de juin dernier. Remarquons aussi qu’au scrutin présidentiel, les Bordelais avaient jeté leur dévolu sur la candidate socialiste…

Et Gérard Gaudron, le député-maire d’Aulnay-sous-Bois, qui avait fait une syncope en découvrant la divulgation de sa fraude à l’assurance chômage dans le Canard Enchaîné ? Malgré cet accroc, ça ne l’a pas empêché de glaner quelques 46,4% des suffrages et d’être en ballottage favorable avec la liste d’union de gauche qui s’oppose à lui…

 

Si, comme nous l’avons vu, ce premier tour semble conserver une dimension locale (les maires sont les élus les plus choyés par les Français, qu’ils nous disent), il serait abscons de le détacher d’un enjeu national. Elle était convaincante, Madame Dati, celle qui, pour caser un odieux jeu de mots, a vitrifié le Parquet. La Garde des Sceaux s’indigne d’un vote sanction (que ses collègues sarkozystes s’empressent de nier par la suite) et d’une manœuvre d’exhortation des électeurs par la gauche à donner la fessée au pouvoir en place par pure et simple rancœur ! Son grand moment de solitude se clôt par des bafouillis, après avoir tenté l’audacieuse alchimie de transformer la merde en or en défendant un bilan catastrophique, et la ministre de finir prostrée la tête sur ses mains croisées.

A droite, on a du mal à accepter une « poussée de la gauche », alors fustigeons celle-ci ainsi que ces « pauvres cons » d’électeurs qui manient la cravache avec sadisme ! On insiste éminemment sur la dimension locale du scrutin pour essayer de diminuer la dissonance cognitive qu’occasionne le refus d’une politique que d’aucuns n’ignorent plus, faute d’en avoir marre de le feindre.

Il faut bien s’appeler Devedjian pour faire l’éloge du local et tomber dans les mailles de son propre filet en allant pavoiser face à Fabius sur les « progrès » remarquables et les réformes entreprises par l’équipe que l’hyperprésident Sarkozy osait impétueusement qualifier de « meilleure jamais créée » ! Tombons d’accord avec lui sur un point : on a trop tergiversé sur sa petite (sic) personne, mais pas assez sur les (désastreuses) réformes mises en place.

 

Les municipales n’ont pas traduit massivement (25% des électeurs, info à prendre avec toute la crédibilité que l'on peut accorder à un sondage) un vote de mécontentement, mais fallait-il être complètement naïf pour ne pas prévoir que certains joindraient leurs graines de fiel patiemment germées au cours de ces dix derniers mois à leur bulletin, telle une gale suçant la sève d’un Etat de grâce ouvert par des festivités rupines éhontées au Fouquet’s ?

Allons allons, les électeurs peuvent être des girouettes, mais à trop les prendre pour des cons (et pauvres de surcroît...), ils sont susceptibles de s’en rendre compte. Les discours populistes du style « les électeurs sauront s’y retrouver », ça va bien un moment…

Quoiqu’il en soit, globalement, les mairies françaises vont apparemment troquer le bleu contre le rose. Mais au lieu de nous hasarder plus loin dans l’extrapolation, il sera sage de laisser parler une nouvelle fois les électeurs au deuxième tour, là où toutefois il aura lieu.

24.02.2008

Sarko le goujat

Aaaaah, le salon de l'agriculture! Cet événement annuel pendant lequel Chirac appréciait de manger peinard sa petite rondelle de saucisson pendant que l'exposant ravi se confondait en flagorneries...
Le cru 2008 du salon, en plus des vaches et de toute la basse-cour, accueillait cette année une bestiole unique en son genre (la France est assurément trop petite pour en contenir deux, si un pays étranger en veut on le vend en gros...). De pedigree hongrois, le Sarkozy était en effet de passage. Son propriétaire avait dû relâcher sa vigilence car on l'a retrouvé errant dans le salon, accompagné de sa cohorte de journalistes et d'amateurs d'hommes politiques avariés, elle-même précédée de Michel Barnier. La bête, au comportement fantasque et aussi impulsive qu'un taureau, prenait un bain de foule et là, ce fut le drame...

Quelqu'un a agité un foulard rouge, et le taureau a foncé tête baissée.
Mettons fin à cette odieuse métaphore animale qui ne flatte en rien la noblesse de la race bovine. Nouveau coup de butor pour Nicolas Sarkozy, qui traverse une crise de délirium à deux semaines du scrutin municipal et avec une popularité chutant dramatiquement.
La voix du chef de l'Etat paraît un peu bizarre, mais ne ressortons pas les brulôts de la théorie du complot. On va laisser aux journalistes du Parisien le bénéfice du doute avant de les accuser d'un montage. Et puis, c'est tellement en harmonie avec la Sarkozy touch qu'on peut difficilement douter de la véracité des propos.

 PS: La vidéo est déjà cadenassée sur Dailymotion:

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10.08.2007

Sarkozy le néo-colonialiste

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"Monsieur le Président,

 

 

 

Vous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler — nous les Africains —, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants. Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.

Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays ! De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.

Vous étiez donc venu — vidi vici complétera l’autre, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par la France et ses grandes entreprises — le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.

Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux droits de l’homme ?

Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous. Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des «justes». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme. Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances — dont la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ? Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.

Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?

Sincèrement et franchement à vous."

Antananarivo, le 3 août 2007

 

Lettre rédigée par:
Raharimanana et les écrivains

Boubacar Boris Diop (Sénégal),

Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),

Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad),

Kangni Alem (université de Lomé),

et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).

 

Relayé par le journal Libération

 

25.07.2007

Sarkozy, mon héros

381b8f3972db3b4c8d9a503852ad9c9f.jpgLa bonne nouvelle internationale du moment, c'est la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien qui ont pu, après huit ans d'attente en Libye, rejoindre leur pays hier. On les a grâciés et tout le monde s'en félicite. La France est nimbée de lumière, grande actrice dans les négociations qui ont mené à cet heureux dénouement.
Evidemment, comme tout le monde, je suis content qu'on ait pu éviter que ces individus basculent au bout d'une corde, mais à qui reviennent les lauriers? Sarkozy, sa femme, ses enfants, son caniche, ses boutons de manchette... Il a été finaud Nicolas, en envoyant la première dame de France en Libye, et qui plus est l'événement était tellement attendu depuis huit longues années. 

Mais qu'en est-il des autres acteurs de cette affaire? Car, s'il est vrai que sa fonction lui impose de s'occuper de ce genre de problème, Nicolas Sarkozy n'a pas été le seul élément de cette affaire. Sa femme non plus. Or si l'on en croit les médias, le couple présidentiel a fait tout le boulot. Cependant, une femme du nom de Benita Ferrero-Waldner, qui accompagnait Guéant et Cécilia en Lybie pour les ultimes négociations, connait bien le dossier. Et on n'a que très peu entendu le nom de la commissaire européenne des relations extérieures...
Heureusement, la Bulgarie n'est pas si ingrate puisque l'Autrichienne a été intronisée citoyenne d'honneur de Sofia... avec les Sarkozy bien entendu.
Tout le monde parle d'un coup d'éclat pour Nicolas et Cécilia, et il n'y a pas à chipoter, ils ont fait mouche. Sarko renforce un peu plus son omniprésence médiatique et sa cote de petit père des peuples, tandis que Cécilia peut monter au créneau en marquant des points grâce à sa BA. Evidemment, ces branques de gauche qui ne savent pas comment faire choir le roi de son piédestal s'attaquent à l'immixtion de Cécilia dans l'affaire et se mettent eux-mêmes hors-jeu. Après la défaite de Ségolène remarquez, ça les irrite qu'une femme soit à nouveau sous les feux de la rampe...
Nicolas signe là d'une pierre deux coups: en plus de mettre en avant sa douce Cécilia (alors qu'il renâclait à la voir trop exposée à une époque pas si lointaine...), il casse sérieusement les burnes du PS qui se trouve à cours d'arguments offensifs. Cerise sur le gâteau, la visite du président en Libye au lendemain de la libération des ex condamnés à mort reçoit forcément le bon Dieu en confession. Efficace pour amadouer la clique libyenne et ainsi entamer des procédures aux buts moins humanitaires et au délicieux parfum d'oseille...

On prend les paris pour la date de la libération de Bettancourt? 

22.07.2007

Pas de doute sur Christine, celle-là Sarko, il Lagarde!

f8a94439c9e7c085c4192dcc9eff0355.jpgDécidément, Sarkozy a la cote auprès des femmes. Après avoir fait Chevalier de la Légion d’honneur la femme de l’impoli Devedjian, voilà que ses deux petites juments de ministères que sont Dati et Lagarde le font clairement bander. Enfin, pour Dati, vu la valse des postes qui s’opère dans le cabinet de la garde des Sceaux, Sarko est plus là pour sauver les meubles…

Mais avec Christine Lagarde, tellement en osmose avec le nain, c’est vraiment top moumoute, au point que Nicolas ne doit plus toucher le sol, si vous voyez ce que je veux dire…

Déjà, l’ancienne avocate tout droit sortie du prestigieux cabinet américain Baker & McKenzie, rien que ça, a de fortes affinités avec les USA. Pensez-vous, avec une collaboratrice qui témoigne d’un atlantisme à peu près aussi prononcé que lui, Nico a de quoi sentir ses tétons durcir !
Et la deuxième chose qui fait que Sarko aimerait sûrement que Christine prenne la place de Cécilia (renvoyons-la au chevet de Jacques Martin !) dans son plumard bleu, c’est le fait qu’elle ait défendu avec véhémence le projet de loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d’Achat), que nous connaissons mieux sous l’appellation de « paquet fiscal ».

Pour elle, c’est clair et net, on est tous de gros branleurs. Le travail a trop longtemps été bafoué, mésestimé, dénigré, alors que Christine, nostalgique de ses cours de philosophie, est persuadée d’une chose : le travail rend heureux. Elle va même jusqu’à citer Confucius (la version travail-famille-patrie asiatique) :  « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour. »

Commençons donc par la défiscalisation des heures supplémentaires, pierre angulaire du texte. C’est la traduction concrète du « Travailler plus pour gagner plus » du père Sarko. Pendant la période d’application des 35 heures, si l’on s’en remet à la pensée lagardienne, on n’était pas assez heureux, donc en faisant des heures supp’, on devrait exploser notre quota de bonheur ! Bande d’ignares que nous sommes, c’était pourtant si évident !

C’est bien beau d’augmenter le nombre d’heures travaillées, d’autant plus qu’aucune ponction ne sera effectuée, chez les salariés comme chez les patrons. Mais cela va-t-il réellement servir l’emploi ? Les patrons seront-ils réellement incités à embaucher plus, ou choisiront-ils de s’appuyer sur le personnel existant et revenir ainsi à une ère antérieure aux congés payés ? Les salariés qui effectuent des tâches « à haute pénibilité » et qui triment déjà huit à dix heures par jour accepteront-ils de faire du bonus ? Tant de questions auxquelles seul l’avenir peut apporter les réponses, et qui s’ajoutent aux zones d’ombres planant sur le texte ; quel sera le plafond des heures supplémentaires défiscalisées, et combien tout cela va-t-il nous coûter ? La question du coût peut être considérée comme un faux problème ; on a vu bien des économies se remettre sur pieds par une relance par le déficit, donc du moment que cela porte ses fruits… Mais avec le poids écrasant de la Dette, le déficit de la Sécu, les recettes de l’Etat que Sarko veut diminuer (en les renflouant sous le manteau), et un coût initial de 6 milliards d’euro, le peuple crédule est face à un épouvantail…

Le reste des  mesures évoquées dans le texte sont déjà bien connues ; suppression des droits de succession, ajustement du bouclier fiscal à 50 %, abattement de l’ISF sur la résidence principale, la déduction des intérêts d’emprunts sur les impôts et la mise en place d’un revenu de solidarité active (RSA), projet qui végète depuis longtemps.

En gros, des mesures qui privilégient essentiellement les gros revenus, que Christine Lagarde avoue sans vergogne souhaiter faire revenir de l’étranger, pour ceux d’entre eux qui se seraient exilés dans une contrée à la fiscalité moins progressive.
Alors voilà, tout est dit, pendant que madame Lagarde fait passer la France d’en bas pour un ramassis d’oisifs gras du bide, ceux qui vont décrocher le paquet fiscal à la tombola du Parlement seront les gros poissons. De quoi devenir hirsute quand la ministre de l’Economie et des Finances assène un « il faut arrêter de penser et se retrousser les manches ». La mesure qui cependant pourrait rétablir un minimum de justice est la majoration des parachutes dorés. On l'attend de pied ferme celle-là, tant l'affaire Noël Forgeard a laissé un goût plus qu'amer dans toutes les bouches...

Le travail c’est la santé qu’ils disent ? Répondons simplement que ne rien faire c’est la conserver ! Nan mais !

17.06.2007

Ca s'en va et ça revient

"Il faut que tout change pour que rien ne change"

16.06.2007

Un mort = 20 bougies

aafdfaa72c6aa54a29870727fabe5bd4.pngLa grande mode aujourd'hui est de choquer la plèbe pour la faire réagir. Ainsi nos amis néerlandais avaient-ils organisé un canular de real TV pour stimuler les dons d'organes dans le pays. La démarche avait ainsi provoqué soit de l'indignation, soit de la stupéfaction, mais elle n'avait laissé personne de glace. On est bien loin des processions dans les rues accompagnées de scansions de slogans humanistes.
Outre la santé de nos malades et le souci de recyclage des légumes en phase terminale qui nous coûtent un fric fou, l'un des sujets les plus brûlants est sans doute le réchauffement climatique (notez l'habile jeu de mot...).La la conjoncture environnementale actuelle permet aux écologistes de tous bords de monter aux créneaux, aux altermondialistes de multiplier leurs numéros de cirques... et à d'autres de jouer les agitateurs de conscience en utilisant la provocation.

Ainsi, lors d'une conférence sur l'énergie se déroulant au Canada, l'organisation des Yes Men a encore fait des siennes. Qu'on lève l'ambiguité tout de suite, on ne parle pas ici de ces réalisateurs prêts à réaliser tout et/ou n'importe quoi, mais d'un groupe de personnes passées expertes dans l'art de l'usurpation d'identité.
Deux d'entre eux se sont fait passer pour des responsable du National Petroleum Council et ont proposé une alternative plurôt originale au pétrole. L'idée est aussi simple que morbide: après les farines animales qui ont introduit le triste épisode de la vache folle, on a donc droit au combustible humain! Tout ceci est possible selon nos deux comédiens grâce au processus de transformation de la chair humaine en dérivé de produit pétrolier. De quoi donner une utilité à nos morts plutôt que de les faire croupir dans une boîte six pieds sous terre (encore un truc qui va faire gueuler nos cathos/réacs...).

Le spectacle a dérapé lorsque les deux compères ont distribué de petits lumignons certifiés 100 % viande d'homo sapiens sapiens aux convives. Loin d'amuser tout le monde, la mascarade avait pour but de dénoncer les politiques de gaspillage énergétique, menées notamment par les Etats-Unis, qui continuent à appauvrir nos réserves de pétrole déjà bien diminuées. Se pose aussi un problème d'éthique: recycler des cadavres serait-il une chose acceptable?
Après tout, au lieu de donner notre corps à la science, si un jour nous devons nous en remettre à de telles mesures, nous pourrions faire croître l'industrie pétrolifère de manière exponentielle... A vous de juger.

PS: Vous pouvez aller visiter le site internet des imposteurs consacré à la bougie humaine sur www.vivoleum.com 

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