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18.04.2008

Suède, guitares et Krisprolls ©

739014542.jpgPas facile de parler d’In Flames avec objectivité quand on adule le chanteur du groupe et qu’on analyse le parcours réalisé jusqu’à présent. In Flames, formation suédoise, s’est plus ou moins cherché si l’on effeuille sa discographie. Sonnant très old school, les premiers albums (Lunar Strain, In Flames, Subterranean) sont à peu près aussi comparables avec le reste qu’un caniche et un tyrannosaure. Le tournant vint au changement de line up, et la période avec Anders Fridèn au chant vit naître sans doute les deux meilleurs albums du groupe que sont Soundtrack to your Escape (et il faut reconnaître que c’est bel et bien la bande-son de notre évasion…) et Clayman.
En 2006, Come Clarity avait été sujet à controverse ; les fans de la première heure trouvaient que le groupe se détachait trop de ses racines death pour se rapprocher d’une sonorité metal core et la production manquait d'audace. Et il est vrai que l’album n’avait pas su donner la bonne pitance aux nombreux impatients.

2008. A Sense of Purpose. Dans son édition limitée, on découvre ô joie, deux galettes. La première est un DVD dans lequel on trouvera plusieurs séquences vidéo tournées pendant la production de l’album sus cité, au cours de l’automne 2007. On y apprend que, tel Flaubert avec l’absinthe, le groupe puise son inspiration dans la bière et le bourbon, qu’on aime jouer aux jeux vidéo pour se détendre (notamment à Guitar Hero), que le batteur a un penchant pour l’exhibitionnisme et que c’est sans doute pour cela que le mercredi est déclaré jour de nudité.
Mais on peut aussi voir les musiciens travailler d’arrache-pied dans leur studio de Goteborg, ainsi que (malheureusement) toutes les séances photos et autres activités promotionnelles auxquelles doit se plier tout groupe « commercial ».

Venons-en au deuxième joyau, celui qui mobilise notre intérêt. Avant de faire offrande de ce CD à une chaîne Hi-fi qui se pourlèche les babines laser, l’on s’apercevra que le design de la pochette de l’album a changé. On aimera. Ou pas. C’est selon. Ce changement graphique aurait-il entraîné quelque changement musical ? Il faut pour répondre à cette interrogation fermer les yeux et ouvrir les oreilles…
The Mirror’s Truth, incipit de l’album, offre une mise en bouche sans surprise pour ceux qui ont pu écouter le titre disponible depuis un moment sur le net. Cela reste néanmoins une très bonne introduction : instrumental plus qu’honnête, refrain entraînant et, lieu commun de tous les albums, la performance vocale d’Anders Fridèn au chant.
Il faut ensuite enlever les roues du tricycle et avancer vers l’inconnu, avec une progression de funambule sur la corde que nous tend A Sense of Purpose. On ne peut que déplorer qu’il suit la voit de son prédécesseur ; les tracks sont de qualité, mais la recette ne varie guère et on se laisse dériver dans un flot un peu trop monotone.
Heureusement, le radeau sur lequel nous sommes embarqués est chahuté par quelques rapides ; en effet quelques agréables surprises viennent casser l’homogénéité. Alias s’égrène sur un rythme lénifiant et son refrain nous emmène à la lisière d’une dimension éthérée, tandis que The Chosen Pessimist prend délicatement forme avec une longue introduction très relaxante. Cette dernière est aussi l’occasion de découvrir un Anders Fridèn toujours au diapason, mais avec un potentiel qu’on ne lui soupçonnait pas. Une belle ballade de huit minutes qui flirte avec la mélancolie.

Au bilan de ces douze pistes, on sera légèrement déçu du résultat. In Flames semble vouloir se sédentariser artistiquement sur une base metal core, toutefois même si le talent est toujours là, on sent que la formation s’essouffle même si la sauce prend toujours : bon chanteur, riffs de qualité, et un Daniel Svensson qui bat la mesure sur sa grosse caisse avec entrain. In Flames reste donc un excellent groupe et conserve ses acquis dans le death metal mélodique ; il lui faudra retrouver ce second souffle d’inspiration s’il veut reconquérir la fougue qui l’a élevé au panthéon du metal.

  

02.04.2008

Chine: Jeux Olympiques ou tyranniques?

772533361.jpgLa flamme est partie pour faire son tour du monde après avoir transmis son feu au brasier olympique juste devant la Cité Interdite. Dans quelques mois, pendant l’été, se dérouleront donc les 29èmes Olympiades à Pékin, en Chine. Une manifestation sportive et humaniste qui se voit de plus en plus controversée, le pays hôte et les valeurs olympiques ayant réputation d’être opposés. Avant que l’événement sportif ne commence, il est important, je pense, de revenir sur les points principaux qui excitent les commentateurs internationaux, et sur les perspectives d’avenir possibles pour le pays de feu Mao.
Ce qui froisse les détracteurs de l’accueil des JO en Chine, et à raison, c’est bien entendu les énormes carences dont souffre le pays en matière de Droits de l’Homme, de liberté et de tous leurs dérivés. Il n’y a qu’à revenir sur la sanglante répression (ou, ne mâchons pas nos mots, le massacre) perpétrée sur la place Tienanmen en juin 1989. Aujourd’hui encore, des mères essayent de comprendre afin de faire le deuil de leur fils, tandis que d’autres personnes sont soit incarcérées, soit torturées, soit assignées à résidence.
C’est le cas notamment d’un jeune homme, cloîtré chez lui depuis mai 2007 pour avoir commis un crime atroce : il a osé diffuser sur Internet un résumé des commémorations de Tienanmen. La machine de censure chinoise a moyennement apprécié son geste « anti-social » et le jeune homme est privé de sorti et voit des gardes de la SSP (la police spéciale chinoise, en gros l’équivalent d’organismes philanthropes comme la Stasi ou le KGB) patrouiller nuit et jour sous sa fenêtre.
Reclus entre ses quatre murs, il a filmé la vie extérieure avec une caméra, voyant les gardes dans la rue, ou les observer prendre en filature sa petite amie, à l’aller et au retour de son travail (cette femme est, petite précision, elle aussi assignée à résidence maintenant). Le prisonnier n’est cependant pas complètement coupé du monde ; il a une connexion Internet… ultra-surveillée et avec laquelle il ne faut pas espérer donner suite aux requêtes comme « liberté », « démocratie », si on les tape sur Google. Signalons au passage l’acte de fieffé collabo de Yahoo, qui a transmis aux autorités chinoises les coordonnées d’un internaute qui aspirait un peu trop à fouler une terre libre… Condamnation à 8 ans ferme.

Mais revenons à notre détenu à domicile. La deuxième raison pour laquelle il garde encore quelques contacts est qu’une loi oblige le gouvernement chinois à laisser les reclus dans son cas avoir des échanges avec des journalistes étrangers. Mais une fois la visite terminée, le journaliste est soumis à un méticuleux interrogatoire des membres de la SSP. Une liberté de la presse intègre.
Ce jeune homme a récidivé avec défiance en participant à une réunion à Bruxelles par webcam pour dénoncer les problèmes en Chine et il a cette fois-ci été incarcéré à la vieille méthode. On comprend qu’il est vital de museler tous les éléments perturbateurs à l’approche des JO.
On voit donc, mais ce n’est pas inventer la poudre que d’énoncer ces faits, qu’en matière de liberté d’expression, la Chine est un pays prospère. Outre les détenus, les assignés à résidence et les victimes de torture pour subversion politique, c’est tout un peuple qui subit une censure très contrôlée. La banque d’informations accessibles sur le web est sévèrement tronquée et les médias classiques ne sont pas en reste. La diffusion du soulèvement au Tibet est un bon exemple : on sélectionne les scènes où les Tibétains s’attaquent aux banques et aux commerces d’innocents (qui n’hésitent pas à cautionner le meurtre de quelques individus si ça peut ramener l’ordre) et on prend soin de ne diffuser qu’elle. La sinisation du Tibet se faisant petit à petit, il n’est pas difficile de trouver des patriotes pour jouer les acteurs, d’autant plus que le nombre de moines chinois augmente depuis quelques années. On n’hésite pas non plus à copier les méthodes de nos RG en déguisant des policiers en manifestants furibonds. Classique. Les JO seront diffusés avec un léger différé de l’ordre d’une minute à une minute trente, histoire d’éluder toute manifestation fâcheuse. Dans les cybercafés, des affiches dissuasives préviennent à l’entrée l’usager qui aurait la langue trop bien pendue. Pour le reste, la Chine bénéficie de tous les aspects du régime communiste utopique : culte de la personnalité, parti unique, incitation à la dénonciation de son prochain…

La perception des ressortissants Chinois en France est étonnante à notre regard : nous ne ferions que de la propagande en déformant les faits. Là où nous leurs parlons de leur gouvernement qui bafoue les Droits de l’Homme, ils disent se sentir libres. Beaucoup trop fiers de leur pays, on peut comprendre leur point de vue : ils sont soumis à une censure si bien orchestrée qu’elle en devient presque inconsciente, elle rentre dans les mœurs collectives. La culture chinoise y est également pour beaucoup, et ils sont beaucoup trop fiers de voir leur pays se démarquer, après le déni dont ils ont fait l’objet ; les analystes ne les voyaient devenir réellement importants qu’en 2096, la Chine resterait jusque-là une nation de ploucs incapables… qui développent des trésors de contrefaçon et de copie/innovation (grandement aidée par la propriété privée et intellectuelle à la chinoise : la technologie est à tout le monde, donc à personne). Les Chinois souffrent en fin de compte du même mal que les Français lors de la guerre d’Algérie : une désinformation constante qui déforme insidieusement la réalité.

Viennent ensuite toutes les considérations qui touchent le reste du monde : quelle position adopter ? quelles actions mener ?
En attribuant les jeux, le CIO a fait un pari couillu : on donne les JO à la Chine, et elle honore sa part du deal en faisant des progrès en matière de droits humains. Naïveté ? Excès de confiance ? Quelle est la définition des droits humains en Chine avant tout? Entre 2001 et aujourd’hui, la situation n’a pas vraiment bougé. La ligne d’argumentation du CIO est aujourd’hui de laisser venir, laisser faire, que les progrès vont venir.
Certes, les JO peuvent apporter du bon. Mais aussi du mauvais. Et dans un régime comme la Chine beaucoup de mal. De nouvelles infrastructures, mais pour combien de paysans expropriés ? Un pays avec des villes clean et bien famées, mais pour combien de clochards et de prostitués emprisonnés ? Bref, Hu Jintao va certainement se frotter les mains ainsi que les dirigeants provinciaux, mais les classes sociales défavorisées risquent de bien raquer.

Quid de l’Europe et des Etats-Unis ? On sait qu’Angela Merkel s’engage beaucoup mais comme d’autres elle n’est pas favorable au boycott, qui pourtant pourrait être un symbole. Mais les boycotts précédents n’ont eu qu’une portée symbolique selon les détracteurs de la méthode et ne truanderaient que les sportifs, hors de question pour d’aucuns de salir l’image canonique des Jeux. Que fera Sarkozy, se demandent les Français. Le pauvre va se retrouver avec les couilles dans un étau, en pleine présidence de l’Union Européenne à ce moment-là.
S’il agit en bon toutou de Bush, il saura que son maître n’est plus celui du monde comme naguère, que les Chinois (annoncés comme le « péril jaune » il y a une cinquantaine d’année) sont entrés en scène. Croissance à 12 %, des tonnes de devises américaines dans leurs coffres, une population importante, tout cela conduisant à une influence politique considérable (qui aurait suffi à refroidir les mouvements de résistance au Myanmar).
Agir pendant les Jeux est délicat dans la mesure où la marge de manœuvre est étriquée, d’autant plus que c’est une goutte d’eau. On ne pourra pas changer un pays fort de plus d’un milliard d’âmes, si imbues de la gloire et de l’élévation de leur pays, avec une action si concentrée temporellement. C’est une influence à l’échelle générationnelle que nous avons besoin pour espérer faire bouger les choses, mais aussi l’instauration de règles ; Droits de l’Homme et habeas corpus sont absents du vocabulaire chinois. Education, changement des mœurs… les douze Travaux d’Hercule. Une action envisageable serait de prendre en grippe l’économie en mettant la pression sur les partenariats, comme pourrait par exemple de la part du groupe français Thalès. Mais gare à ne pas se méprendre sur celui qui y perdrait le plus…

La Chine pourra toutefois conserver une inertie dans l’amélioration (en fard de la réalité) qu’elle apporterait éventuellement après ces jeux. En effet un nouvel horizon proche se profile : l’exposition universelle de Shangaï 2010. Quant à un vrai changement en Chine, si l’on doit en observer un de caractère mélioratif, il n’interviendra sans doute pas avant 30 ou 40 ans…

01.04.2008

Incroyable!

Exclusif!!!

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Nicolas et Cécilia se seraient remis ensemble, a communiqué l'Elysée à l'AFP, après que Carla Sarkozy a refusé de poser nu comme le voulait Nicolas Sarkozy, dans une tentative désespérée de reconstruire sa popularité. Elle aurait avoué ce matin au micro de Jean-Pierre Elkabbach qu'elle aurait effectivement reçu un SMS lui demandant de rentrer, mais l'expéditeur a été identifié comme étant Jean-Louis Borloo, qui l'invitait à boire un bourbon avec des olives noires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ok bon, poisson d'avril...

There will be blood

1478123491.jpgIl est amusant, en ces temps incertains et enjoignant au pessimisme justifié, de se pencher sur la sortie de There Will Be Blood. En effet, au moment où toutes les ouailles présentes à la grande messe de l’économie s’agenouillent devant un baril de pétrole qui a dépassé le seuil critique des 100 $, Paul T. Anderson (à ne pas confondre avec son ganache d’homonyme, dont les attributs le rapprochent plus de Uwe Boll que d’un réalisateur digne de ce nom) nous gratifie d’une fresque prenant place au début du siècle dernier, à cette époque où les concessions vierges de tout forage étaient encore nombreuses et où la spéculation dormait encore paisiblement.

 

Etayée par une réalisation qui va droit à l’essentiel, l’histoire de Daniel Plainview est construite sur des antagonismes et sur le déclin psychologique et moral du personnage. On y observe des liens entre un homme et son fils adoptif où la frontière entre amour et rapports entre associés devient floue. H.W. Plainview, inconscient dans sa jeunesse du caractère non biologique de son père, partage des moments de complicité avec ce dernier et le spectateur peut se voir trompé par l’apparente harmonie entre les deux êtres. La poudre dissimulatrice est alors à un moment donné ventilée et apparaît alors la vraie personnalité de Daniel que l’on soupçonnait déjà ; on le connaissait déterminé, mais il se révèle en outre misanthrope et totalement dévoué à la réalisation de son profit personnel.

Loin de vouloir changer sa ligne de conduite, il parvient à tromper son entourage et use de toute sa ruse pour arriver à ses fins, doit-il pour cela se ridiculiser et adhérer à la doctrine religieuse. Adhésion qui n’en a bien évidemment que le nom.

 

Car voilà le deuxième point fort du film de Paul T. Anderson : ce sont bien deux religions qui s’opposent, celle de l’or noir dont Plainview est le parfait chantre, et celle de l’Eglise de la Troisième Révélation, résumée dans le personnage du jeune prêcheur Eli. Le réalisateur génère alors une critique habile de la religion, en n’élevant pas Eli au statut de messie opposé à la perfidie du pétrolier, mais en le rabaissant à un niveau égal sinon inférieur, le jeune prédicateur cherchant à bénéficier de l’afflux d’argent drainé par Plainview en vue de renforcer son Eglise et ainsi asseoir confortablement son dogme avec l’assentiment de ses prosélytes. Un jeu du « qui baise qui » en somme ; mais dont les actes convergent vers l’accomplissement de la sacro-sainte prophétie des billets verts. Tous les moyens sont bons pour amasser le pognon, ainsi tout comme Daniel Plainview se sacrifie à un baptême qui tient plus lieu d’exorcisme, Eli se résigne à renier son Dieu.

 

La dégringolade du grand investisseur est alors on ne peut plus logique ; son cynisme et son antipathie exacerbés mêlé à son désir grandissant et dévorant l’entraînent dans une folie non contenue, qui croîtra concomitamment à l’extinction de ses vestiges d’humanité. L’homme, désespérément seul dans sa quête égoïste, retrouve sa solitude après avoir congédié ses relations, qu’il aura au préalable pris soin de sciemment démanteler à ses fins. Adressons à l’occasion un coup de chapeau à Daniel Day-Lewis (qui donnait déjà des leçons d’interprétation en incarnant Bill le Boucher dans Gangs of New York) qui parvient parfaitement à discerner le juste milieu de son rôle complexe.

 

There Will Be Blood dénonce donc avec maestria l’opportunisme sous toutes ses formes, n’attribuant ni raisons ni torts aux différents protagonistes, évitant ainsi l’écueil manichéen. Il n’est question ici que de croyances et d’objectifs inlassablement poursuivis, sous un regard qui façonne l’impasse dans laquelle s’est engouffrée notre économie contemporaine.   

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