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01.04.2008
There will be blood
Il est amusant, en ces temps incertains et enjoignant au pessimisme justifié, de se pencher sur la sortie de There Will Be Blood. En effet, au moment où toutes les ouailles présentes à la grande messe de l’économie s’agenouillent devant un baril de pétrole qui a dépassé le seuil critique des 100 $, Paul T. Anderson (à ne pas confondre avec son ganache d’homonyme, dont les attributs le rapprochent plus de Uwe Boll que d’un réalisateur digne de ce nom) nous gratifie d’une fresque prenant place au début du siècle dernier, à cette époque où les concessions vierges de tout forage étaient encore nombreuses et où la spéculation dormait encore paisiblement.
Etayée par une réalisation qui va droit à l’essentiel, l’histoire de Daniel Plainview est construite sur des antagonismes et sur le déclin psychologique et moral du personnage. On y observe des liens entre un homme et son fils adoptif où la frontière entre amour et rapports entre associés devient floue. H.W. Plainview, inconscient dans sa jeunesse du caractère non biologique de son père, partage des moments de complicité avec ce dernier et le spectateur peut se voir trompé par l’apparente harmonie entre les deux êtres. La poudre dissimulatrice est alors à un moment donné ventilée et apparaît alors la vraie personnalité de Daniel que l’on soupçonnait déjà ; on le connaissait déterminé, mais il se révèle en outre misanthrope et totalement dévoué à la réalisation de son profit personnel.
Loin de vouloir changer sa ligne de conduite, il parvient à tromper son entourage et use de toute sa ruse pour arriver à ses fins, doit-il pour cela se ridiculiser et adhérer à la doctrine religieuse. Adhésion qui n’en a bien évidemment que le nom.
Car voilà le deuxième point fort du film de Paul T. Anderson : ce sont bien deux religions qui s’opposent, celle de l’or noir dont Plainview est le parfait chantre, et celle de l’Eglise de la Troisième Révélation, résumée dans le personnage du jeune prêcheur Eli. Le réalisateur génère alors une critique habile de la religion, en n’élevant pas Eli au statut de messie opposé à la perfidie du pétrolier, mais en le rabaissant à un niveau égal sinon inférieur, le jeune prédicateur cherchant à bénéficier de l’afflux d’argent drainé par Plainview en vue de renforcer son Eglise et ainsi asseoir confortablement son dogme avec l’assentiment de ses prosélytes. Un jeu du « qui baise qui » en somme ; mais dont les actes convergent vers l’accomplissement de la sacro-sainte prophétie des billets verts. Tous les moyens sont bons pour amasser le pognon, ainsi tout comme Daniel Plainview se sacrifie à un baptême qui tient plus lieu d’exorcisme, Eli se résigne à renier son Dieu.
La dégringolade du grand investisseur est alors on ne peut plus logique ; son cynisme et son antipathie exacerbés mêlé à son désir grandissant et dévorant l’entraînent dans une folie non contenue, qui croîtra concomitamment à l’extinction de ses vestiges d’humanité. L’homme, désespérément seul dans sa quête égoïste, retrouve sa solitude après avoir congédié ses relations, qu’il aura au préalable pris soin de sciemment démanteler à ses fins. Adressons à l’occasion un coup de chapeau à Daniel Day-Lewis (qui donnait déjà des leçons d’interprétation en incarnant Bill le Boucher dans Gangs of New York) qui parvient parfaitement à discerner le juste milieu de son rôle complexe.
There Will Be Blood dénonce donc avec maestria l’opportunisme sous toutes ses formes, n’attribuant ni raisons ni torts aux différents protagonistes, évitant ainsi l’écueil manichéen. Il n’est question ici que de croyances et d’objectifs inlassablement poursuivis, sous un regard qui façonne l’impasse dans laquelle s’est engouffrée notre économie contemporaine.
11:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paul thomas anderson, there will be blood, cinéma, daniel day lewis
