« L'homme qui murmurait à l'oreille des urnes | Page d'accueil | Brèves courtes et concises »
15.03.2008
Quand j'ai la gerbe...
C'est arrivé à tout le monde. Chacun a, un jour, été sujet à des nausées et autres haut-le-coeur en faisant face à un événement qui l'a profondément bouleversé, au sens viscéral du terme.
Le cas de Chantal Sébire m'a vraiment foutu la gerbe.
Pour ceux qui ne seraient pas au courant, c'est le drame d'une femme défigurée par une tumeur incurable et qui dit souffrir au quotidien. Elle a récemment fait la demande de mourir. Ce n'est pas ici l'affaire en elle-même qui m'indigne, bien qu'elle dégage de forts relents de l'affaire Humbert (qui avait abouti à un non-lieu) et qu'elle remettre une fois de plus le débat sur l'euthanasie au coeur du débat éthique et légal.
Non, ce qui vraiment m'a retourné les boyaux, c'est la manière dont a été traitée l'affaire. J'avais déjà ressenti une sorte de malaise quand la photo de Jérôme Kerviel occupait la première page des journaux au lendemain de la découverte de la fraude de trading à la Société Générale. Les esprits aigris et délateurs pouvaient pointer leur doigt sur un unique bouc-émissaire pendant que ses nécessaires complices pouvaient filer à l'arrière de la scène sans que personne ne presse le Bouton d'alarme...
Cette fois-ci ça n'a pas été qu'un malaise, mais littéralement une éructation biliaire. L'affaire fait du bruit, certes. Mais en plus de cela, le côté voyeur de nos journalistes au professionnalisme maintes fois démontré les pousse à mettre en encadré le portrait de cette femme, tel un trophée sur leur page web.
Les défenseurs des chasseurs d'info vont sûrement dire que les équipes de journalisme auront sans doute eu l'accord de madame Sébire pour la publication de cette photo, mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que le fait de l'exhiber ainsi aux yeux de tous est un manque de respect total.
Et aux divers ministres du gouvernement bling-bling de dire que non, l’euthanasie active n’est pas une pratique reconnue en France (et que la malheureuse peut continuer à payer ses impôts sans sourciller, puisque les impôts forment avec la mort le tandem des seules choses considérées comme vraies, n'est-ce pas?). On s’échauffera un peu les esgourdes avec les propos de Christine Boutin, subtile comme de coutume : la ministre du Logement se dit « scandalisée qu’on puisse envisager de donner la mort à cette femme parce qu’elle souffre et qu’elle est difforme. » Au moins comme ça l’ambiguïté est levée ; au cas ou Chantal Sébire doutait d’être considérée comme un monstre de foire. D’ailleurs on lui a gentiment proposé d’aller se faire dévisager examiner par un comité d’experts en lieu et place de la livrer au trépas. En attendant que le droit de mourir ou non soit octroyé à la demandeuse par le juge en charge de la requête lundi, les électeurs iront aux urnes et le feuilleton municipal reprendra ses droits sur le délit de sale gueule.
13:48 Publié dans Monde de drogués | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
