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10.03.2008

L'homme qui murmurait à l'oreille des urnes

municipales_2.jpgBien que sans surprise, l’issue de ce premier tour des élections municipales est néanmoins intéressante. Alors que 10 mois de règne assez chaotique sous tutelle sarkozyste se sont écoulés, on peut, après un choc aux législatives largement amorti, procéder à quelques analyses à la lumière des faits précédemment établis.

Tout d’abord, la grande source de divergences tant sur les plateaux télés que dans les médias au lendemain du 9 mars a été le caractère des élections. Fallait-il y voir un enjeu local ou national ?

 

La première supputation impliquerait que les électeurs votent avant tout pour une gestion restreinte aux frontières de leurs villes respectives, eu égard des problèmes de gestion qu’un élu digne de ce nom se doit de prendre en considération. La logique de la démarche est irréfutable, car la conception (point trop philosophique) du bonheur de chacun commence par se sentir bien chez soi. Et ce malgré les grandes questions nationales, telles que le pouvoir d’achat et, étroitement corrélées, les retraites.

Les grands thèmes locaux gravitent autour de la gestion privée ou publique des ressources de la ville, et notamment celle de l’eau. L’emploi, dont les principales ficelles sont certes tirées au niveau national, n’exclut pas d’être géré par une dynamique à l’échelle plus restreinte. Ajoutons à ceci le syndrome franco-français de l’exception culturelle, considérée cette fois-ci dans une perspective communale, qui fait reluire le blason des maires qui la préservent auprès de ceux qui parleront aux urnes.

Dans les communes de moins de 3500 habitants, les candidats sont soumis à la loi du panachage ; les étiquettes de chacun importent alors peu et les enjeux locaux ont la primeur dans le jugement des électeurs.

Certains maires jouissent également d’une popularité acquise moyennant temps et expérience passés auprès des électeurs ; ainsi donc Alain Juppé peut remercier ces derniers de lui avoir au moins laissé son slip sur son trône de Bordeaux, alors qu’il était promis au goudron et aux plumes après son humiliation de juin dernier. Remarquons aussi qu’au scrutin présidentiel, les Bordelais avaient jeté leur dévolu sur la candidate socialiste…

Et Gérard Gaudron, le député-maire d’Aulnay-sous-Bois, qui avait fait une syncope en découvrant la divulgation de sa fraude à l’assurance chômage dans le Canard Enchaîné ? Malgré cet accroc, ça ne l’a pas empêché de glaner quelques 46,4% des suffrages et d’être en ballottage favorable avec la liste d’union de gauche qui s’oppose à lui…

 

Si, comme nous l’avons vu, ce premier tour semble conserver une dimension locale (les maires sont les élus les plus choyés par les Français, qu’ils nous disent), il serait abscons de le détacher d’un enjeu national. Elle était convaincante, Madame Dati, celle qui, pour caser un odieux jeu de mots, a vitrifié le Parquet. La Garde des Sceaux s’indigne d’un vote sanction (que ses collègues sarkozystes s’empressent de nier par la suite) et d’une manœuvre d’exhortation des électeurs par la gauche à donner la fessée au pouvoir en place par pure et simple rancœur ! Son grand moment de solitude se clôt par des bafouillis, après avoir tenté l’audacieuse alchimie de transformer la merde en or en défendant un bilan catastrophique, et la ministre de finir prostrée la tête sur ses mains croisées.

A droite, on a du mal à accepter une « poussée de la gauche », alors fustigeons celle-ci ainsi que ces « pauvres cons » d’électeurs qui manient la cravache avec sadisme ! On insiste éminemment sur la dimension locale du scrutin pour essayer de diminuer la dissonance cognitive qu’occasionne le refus d’une politique que d’aucuns n’ignorent plus, faute d’en avoir marre de le feindre.

Il faut bien s’appeler Devedjian pour faire l’éloge du local et tomber dans les mailles de son propre filet en allant pavoiser face à Fabius sur les « progrès » remarquables et les réformes entreprises par l’équipe que l’hyperprésident Sarkozy osait impétueusement qualifier de « meilleure jamais créée » ! Tombons d’accord avec lui sur un point : on a trop tergiversé sur sa petite (sic) personne, mais pas assez sur les (désastreuses) réformes mises en place.

 

Les municipales n’ont pas traduit massivement (25% des électeurs, info à prendre avec toute la crédibilité que l'on peut accorder à un sondage) un vote de mécontentement, mais fallait-il être complètement naïf pour ne pas prévoir que certains joindraient leurs graines de fiel patiemment germées au cours de ces dix derniers mois à leur bulletin, telle une gale suçant la sève d’un Etat de grâce ouvert par des festivités rupines éhontées au Fouquet’s ?

Allons allons, les électeurs peuvent être des girouettes, mais à trop les prendre pour des cons (et pauvres de surcroît...), ils sont susceptibles de s’en rendre compte. Les discours populistes du style « les électeurs sauront s’y retrouver », ça va bien un moment…

Quoiqu’il en soit, globalement, les mairies françaises vont apparemment troquer le bleu contre le rose. Mais au lieu de nous hasarder plus loin dans l’extrapolation, il sera sage de laisser parler une nouvelle fois les électeurs au deuxième tour, là où toutefois il aura lieu.

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